Si le terme de microbiote intestinal ne vous est pas familier, vous connaissez certainement cet ensemble de micro-organismes sous un autre nom : la flore intestinale. Situé dans le tube digestif, principalement dans l’intestin grêle et le côlon, le microbiote intestinal est connu pour contribuer à de nombreuses fonctions physiologiques : digestion, immunité, métabolisme… Mais, plus récemment, les chercheurs ont établi un lien « microbiote-intestins-cerveau » et ont découvert que le microbiote intestinal jouait un rôle sur les fonctions neurologiques et la santé mentale. Une petite révolution dans le monde médical qui méritait bien quelques explications et un état des lieux de la science actuelle sur le sujet.

Qu’est-ce que le microbiote intestinal ?

Le microbiote intestinal ou flore intestinale constitue un ensemble de micro-organismes composé de plus de 400 espèces différentes : bactéries, levures, virus, champignons et protozoaires. En tout, si l’on faisait un pâté avec la flore intestinale de l’être humain, il ne pèserait pas moins de 2kg ! Les rôles du microbiote intestinal sont multiples et concernent à la fois le transit et la digestion mais aussi la défense de l’organisme.

Au niveau digestif, le microbiote intervient dans la dégradation des aliments complexes comme les fibres alimentaires issues des fruits, des légumes et des céréales. Constituées d’un long enchaînement de glucides, elles sont trop difficiles à digérer pour l’organisme seul. C’est également le cas pour le lactose et l’amidon. Tous ces aliments complexes subissent alors un processus de fermentation par le microbiote intestinal, libérant au passage des acides gras à chaîne courte (AGCC) impliqués dans le métabolisme énergétique. Autre action du microbiote intestinal : il renforce la barrière intestinale et empêche l’installation de certains agents pathogènes. On parle alors d’« effet barrière ». Accrochées aux parois, les bactéries du microbiote occupent des sites d’ancrage et s’opposent à l’implantation et à la multiplication de bactéries exogènes (étrangères). Une flore intestinale en bonne santé est donc particulièrement importante dans la prévention de certaines maladies inflammatoires chroniques intestinales. Dans la même optique, le microbiote neutralise les substances nocives qui s’accumulent dans l’organisme comme l’ammoniaque et certaines toxines. Enfin, le microbiote intestinal agit de façon bénéfique sur le système immunitaire. En effet, l’intestin abrite à lui seul 70 à 80 % de nos cellules immunitaires. Le microbiote permet d’améliorer le déclenchement de la réponse immunitaire en cas d’invasion de corps étrangers pathogènes. C’est pourquoi des prébiotiques (qui servent de nourriture aux bactéries du microbiote) et des probiotiques (bactéries ou levures) sont souvent indiqués sous forme de complément alimentaire pour rétablir l’équilibre du microbiote et donc renforcer l’immunité. Le laboratoire de micronutrition Pileje en a fait sa spécialité sous le nom générique de Lactibiane pour sa gamme de ferments lactiques.
De nombreuses recherches scientifiques s’intéressent au mode d’action du microbiote intestinal. Son rôle sur l’appareil digestif et le système immunitaire est désormais avéré. Mais de récentes études établissent un nouveau lien entre le microbiote intestinal et le cerveau. Ainsi, les résultats obtenus démontrent que le microbiote intestinal pourrait être impliqué dans certaines maladies neurodégénératives, dans les troubles de l’humeur ou les maladies psychiques.

Microbiote intestinal et cerveau : un nouveau lien établi

Jusqu’à présent, les recherches sur l’action du microbiote intestinal sur le cerveau étaient peu nombreuses. Ce n’est que récemment que des chercheurs se sont intéressés de plus près à cet axe intestin-cerveau. Le système nerveux, composé de millions de neurones, est connecté à notre intestin via des neurotransmetteurs. L’intestin lui-même contient une quantité importante de neurones, ce qui lui a valu le surnom de « deuxième cerveau ». Un déséquilibre du microbiote intestinal (dysbiose) ou une perturbation dans le nombre de bactéries (paucibiose) semble avoir des répercussions sur notre comportement et sur nos états émotionnels. Et pour cause : 95 % de la sérotonine du corps ou « hormone du bonheur » est produite dans l’intestin et stimulée par les bactéries du microbiote. Une flore intestinale perturbée est donc plus susceptible de vous mettre de « mauvaise humeur ». Les chercheurs savent donc que le système nerveux et l’intestin communiquent constamment. La communication entre le système nerveux central et le microbiote intestinal a suscité un intérêt considérable au cours des dernières années. Des études plus approfondies se sont focalisées sur les mécanismes de l’interaction intestin-cerveau et sur son possible impact sur le stress, la dépression et sur certaines maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Des chercheurs INRA de l’Unité NutriNeuro ( 1) ont pu démontrer qu’un microbiote affaibli engendrait un comportement anxieux plus marqué sur les rats face à une situation inattendue et anxiogène. Ils ont également noté une altération des taux de dopamine (un neurotransmetteur qui joue sur la motivation, la productivité et la concentration), de sérotonine (hormone du bonheur) et de noradrénaline (un neurotransmetteur important pour l’attention, les émotions, le sommeil, le rêve et l’apprentissage).
Cette étude vient confirmer les premiers résultats obtenus en 2004 par l’équipe japonaise de Nobuyuki Sudo : les souris dépourvues de bactéries sont plus stressées que des souris porteuses de microbiote. Cet axe intestin-cerveau offre également de nouvelles pistes pour traiter la dépression. Ainsi, des études préliminaires ont montré que l’administration de probiotiques permettait d’améliorer les symptômes de dépression. En 2017, une étude (2) a mis en évidence que « le traitement par probiotiques a atténué l’axe hypothalamo-hypophyse-surrénales (HPA), qui est hyperactif chez les patients déprimés ». En 2016, les patients atteints de dépression qui ont consommé un supplément probiotique pendant 8 semaines ont vu leur taux de BDI (Beck Depression Inventory) diminuer significativement, indiquant une amélioration globale des symptômes, y compris de l’humeur (3) .

Enfin, d’autres études se sont consacrées au microbiote intestinal et à son possible impact sur les maladies neurodégénératives en agissant sur l’inflammation cérébrale. Ainsi, des chercheurs français et italiens (4) ont établi un lien entre la maladie d’Alzheimer et un changement de bactéries dans le microbiote. Certaines d’entre elles secréteraient des protéines amyloïdes qui provoquent une réaction inflammatoire cérébrale et perturbent le fonctionnement des neurones. Les patients atteints d’Alzheimer présentent généralement une accumulation de protéines amyloïdes dans le cerveau. Ces résultats reviendraient à dire que prévenir la formation de bactéries inflammatoires dans le microbiote intestinal pourrait être une nouvelle piste dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. Toutefois, il convient de rester prudent car ces pistes restent pour l’heure incertaines et demandent à être confirmées.

1. Source : http://www.inra.fr/Grand-public/Alimentation-et-sante/Tous-les-dossiers/Cerveau-etnutrition/Microbiote-et-cerveau-bacteries-reduisent-le-stress
2. Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5319175/
3. Source : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26706022
4. Source : Giovanni Frisoni, Neurobiology of Aging

Existe t-il un traitement à base de probiotiques pour le cerveau ?

A l’heure de cet article, il n’existe aucun complément alimentaire à base de ferments lactiques avec une allégation pour le stress ou la dépression. Si l’es chercheurs ont établi un lien entre microbiote et cerveau, il reste encore beaucoup de travail à faire pour tenter de déterminer les souches ou les associations de souches adaptées à une restauration des fonctions normales du microbiote. Le sujet passionne.
En attendant et pour aller plus loin sur le sujet, nous vous invitons à lire le best seller « Le charme discret de l’intestin » de Giulia Enders.