Dioxyde de titane : une substance en sursis

Que dit la loi ?

Depuis une dizaine d’années, l’additif E171, plus connu sous le nom de dioxyde de titane, cristallise la méfiance des consommateurs face aux industriels. Malgré les pressions des usagers et des associations, le gouvernement n’a pourtant prévu qu’une simple suspension de la mise sur le marché des denrées alimentaires contenant l’additif E171 pour une durée d’un an à compter du 1er janvier 2020. Et aucune mesure sur les médicaments et les cosmétiques en contenant…

Cette mesure touche donc les compléments alimentaires. Qualifiée de timorée par certains de nos clients, elle est surtout une mesure préventive. Face au manque de données sur la toxicité du dioxyde de titane, le gouvernement ne pouvait guère faire plus que d’appliquer le principe de précaution, d’autant que l’E171 bénéficie d’une autorisation délivrée à Bruxelles. Il faut savoir que, pour que l’Union Européenne autorise un État à interdire un produit, un danger sur la santé publique doit avoir été clairement démontré. Or, ce n’est toujours pas le cas.

A l’origine de la suspension

C’est une étude de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) qui a mis le feu aux poudres en 2017. Conduite par les chercheurs de l’unité Toxalim en collaboration avec le CEA-Grenoble, le Synchroton SOLEIL et le Luxembourg Institute of Science and Technology et financée dans le cadre du programme National de Recherche en Environnement Santé-Travail de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES), l’étude avait identifié un danger lié au dioxyde de titane. En effet, les scientifiques de l’INRA ont observé les effets d’une exposition orale aux nanoparticules de dioxyde de titane sur des rats à des doses proches de l’exposition alimentaire humaine. Les chercheurs ont conclu à des troubles du système immunitaire liés à l’absorption de la fraction nanoparticulaire et à un « effet initiateur et promoteur des stades précoces de la cancérogenèse colorectale, sans toutefois permettre d’extrapoler ces conclusions à l’homme et pour des stades plus avancés de la pathologie ».

A la lumière de ces résultats, le gouvernement a saisi l’ANSES pour effectuer une réévaluation de l’additif E171. L’agence s’est appuyée sur plus de 20 études pour rendre son verdict : en l’état actuel des choses, elle ne dispose pas « d’éléments nouveaux permettant de lever les incertitudes sur l’innocuité de l’additif E171 » et de remettre en cause l’évaluation du dioxyde de titane menée en 2016 par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), en charge de l’évaluation des additifs alimentaires au niveau européen. Les 2 agences s’accordent pourtant à dire qu’une analyse de risques doit être conduite chez l’homme et qu’il faut continuer les recherches.

Face aux incertitudes sur l’absence de risques liés au E171, l’ANSES ne peut donc pour le moment que recommander de limiter l’exposition à ce produit sous sa forme de nanoparticule, seule à avoir montré un potentiel toxique, comme toutes les nanomatériaux, du reste.

Vers des formules plus saines

Pris entre le marteau (l’Europe) et l’enclume (les consommateurs), le gouvernement a habilement tiré son épingle du jeu en optant pour la suspension, espérant sans doute que de nouvelles études viennent étayer le cas E171 pour infirmer ou confirmer sa toxicité…

Cette demi-mesure, couplée à la rumeur nationale, fait pourtant bouger les lignes et bon nombre de laboratoires, fabricants et industriels revoient leur copie pour éliminer le dioxyde de titane. Certains, plus réactifs que d’autres, ont même modifié leur formulation bien avant la fin 2019. Les services de recherches et développement ont mis les bouchées doubles et les processus de fabrication ont été adaptés pour corriger le tir et se conformer à la demande des consommateurs pour des produits plus sûrs.

A Vitalya, nous ne pouvons qu’observer avec satisfaction les efforts fournis par l’industrie parapharmaceutique pour prendre les devants : Nutreov, par exemple, a rendu la formule de Colon Pure plus verte (et aussi sans dioxyde de silicium) ; Arkopharma a revu et corrigé son Chondro-Aid Arkoflex Expert ; Biocodex son Difravision ; Granions son Chondrostéo ; Monin-Chanteaud son Neuradapt…

Et puis il y a les labos qui s’en sont toujours bien passé et qui ne peuvent pas se targuer d’un nouvel étiquetage « sans dioxyde de titane ». On pense particulièrement aux formules épurées de Diet Horizon, Aboca, Dietaroma… des marques qui ont toujours joué la carte du naturel, rien que du naturel, bien avant que la loi ne les y contraigne.